La France autorise de nouveau les néonicotinoïdes, ces insecticides tueurs d’abeilles

Deux ans après l’interdiction des néonicotinoïdes, le gouvernement français fait machine arrière en plein milieu de l’été. Les pressions du lobby sucrier sont donc plus fortes que la volonté de protéger les pollinisateurs. Une catastrophe est en marche...

Le secteur sucrier en France c’est 38 millions de tonnes de betteraves produites, pour 21 sucreries et un milliard d’euros d’excédent. Ce secteur est en grande difficulté, les plantations sont durement touchées par la sécheresse et les maladies (notamment la jaunisse).

Les quelques 45 000 emplois de la filière se retrouvent directement menacés et ce sont ces emplois que le gouvernement tente de maintenir. En effet, le 6 août dernier, le ministre de l’agriculture Julien Denormandie a de nouveau autorisé les néonicotinoïdes, ces insecticides tueurs d’abeilles. Cette dérogation sera valable entre 2021 et 2023 et permettra aux planteurs de betteraves d’utiliser des semences enrobées de néonicotinoïdes.


Interdits en 2018 à la suite de la loi biodiversité de 2016, les néonicotinoïdes sont des insecticides, qui s’attaquent au système nerveux des pollinisateurs et donc des abeilles. Ils sont largement utilisés dans les plantations betteravières puisqu’ils permettent de lutter contre le développement de la jaunisse une virose végétale principalement transmise par les pucerons verts.

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, a expliqué au micro de FranceInter ce mardi 11 août : "Deux ans après, sur les 450 000 hectares de betteraves en France, plus des trois quarts sont atteints de la jaunisse parce qu'un puceron vert a piqué la betterave".

 
Quels impacts sur les pollinisateurs ? 

Il faut bien comprendre que la betterave n’est pas une plante mellifère. Aucune fleur n’est produite avant la période la récolte. L’impact serait donc moindre sur les insectes pollinisateurs. 

Les néonicotinoïdes enrobent les semences de betteraves. Les pesticides polluent le sol et non l’air. C’est pourquoi, nombreux sont les acteurs du secteur sucrier à promettre qu’«on ne fera pas pousser de plantes mellifères dans l’année qui suit la plantation de betteraves», promet Franck Sander, le président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB).
 

Y-a-t-il des alternatives aux néonicotinoïdes ? 

Sur ce point, deux conceptions s’opposent.
 

Pour certains, il n’y a aucune autre alternative au néonicotinoïdes. Et c’est justement ce manque d’alternatives qui force le gouvernement à les réintroduire. 

Selon Franck Sander, président de la CGB : «Le monde agricole est conscient du risque pour les pollinisateurs, mais qu’il n’y a vraiment aucune alternative», 

Pour la ministre Barbara Pompili : « Si les choses avaient été faites comme elles auraient dû l’être, en quatre ans, il y avait la possibilité de faire émerger des solutions pérennes. Nous ferons en sorte que ce genre de situation ne puisse plus se reproduire.»

 
Pour d’autres, les néonicotinoïdes ont tués les alternatives qui pouvaient être naturelles et efficaces.

Damien Houdebine, membre du comité national de la Confédération paysanne, estime qu’«il existe d’autres insecticides que les néonicotinoïdes. En autorisant à nouveau ces derniers, on incite les producteurs à agir de manière systématique sur toutes les cultures et non de manière localisée, là où il y a des problèmes.» 

 
Christian Huyghe, directeur scientifique Agriculture à l’INRA souligne qu’« on sort de vingt-sept ans de néonicotinoïdes, aussi extrêmement efficaces contre les insectes auxiliaires». 

Parmi les insectes auxiliaires, on compte notamment les larves de coccinelles et les syrphes, toutes deux friandes de pucerons. Le morcellement des parcelles ou l’usage de « l’écologie chimique », comme la plantation dans les champs de betteraves de fleurs comme l’œillet d’Inde, dont l’odeur est insupportable au puceron, sont à l’étude pour lutter contre le développement de la jaunisse.

Bien qu’il existe d’autre solutions, les filières agro-alimentaires ne semblent pas enclin à les utiliser puisque leur rentabilité en sera diminuée.

Après le secteur sucrier, c’est les producteurs de maïs qui demandent à leur tour de bénéficier de ce type d’insecticides. 

En espérant que le gouvernement ne cédera pas à ce lobby…